YouTube peut-il être considéré comme une plateforme de médias sociaux ? Cette question est devenue l'un des enjeux majeurs du débat américain sur la responsabilité des géants du numérique quant à la santé mentale des jeunes utilisateurs. Le service, propriété de Google, a fait appel d'une décision très médiatisée rendue devant un tribunal de Los Angeles et a présenté une défense surprenante. L'entreprise soutient que YouTube ne devrait pas être considéré comme une plateforme de médias sociaux. L'appel de YouTube intervient quelques jours seulement après une démarche similaire de Meta. Les deux entreprises cherchent à contester une décision déjà considérée comme l'une des plus importantes concernant la responsabilité des plateformes numériques en matière de dépendance à Internet.La plainte concernait une femme identifiée dans les documents judiciaires comme Kaley. La plaignante affirmait être devenue dépendante des réseaux sociaux dès son enfance et que l'utilisation prolongée de l'application avait nui à sa santé mentale. Le jury a conclu que les agissements de YouTube et de Meta avaient contribué de manière significative au préjudice. Le tribunal a accordé au plaignant 3 millions de dollars de dommages et intérêts compensatoires et a recommandé 3 millions de dollars supplémentaires de dommages et intérêts punitifs. La juge Carolyn Kuhl a par la suite rejeté les demandes de nouveau procès formulées par les deux sociétés. L'argument principal de YouTube lors du procès qui a duré cinq semaines était simple : ses avocats ont fait valoir que la plateforme propose le partage et la diffusion de vidéos, et qu'elle n'est donc pas une plateforme de médias sociaux comme Instagram ou TikTok.
L'argument avancé par les avocats de Google est particulièrement intéressant. Selon l'entreprise, YouTube n'est pas une plateforme de médias sociaux au même titre qu'Instagram, TikTok ou Facebook. La défense soutient que le service fonctionne principalement comme une plateforme de publication et de lecture de contenus vidéo et ne devrait donc pas être évalué selon les mêmes critères. Cette position pourrait jouer un rôle déterminant en appel. Si la cour accepte cette interprétation, des arguments similaires pourraient émerger dans de futures affaires concernant la responsabilité des plateformes en ligne. Les avocats de la partie plaignante ne se concentrent pas uniquement sur le contenu publié. Ils estiment que le problème majeur réside dans les mécanismes conçus pour maintenir les utilisateurs scotchés à leurs écrans le plus longtemps possible. Lors du procès, ils ont notamment cité la fonction de lecture automatique et les fonctionnalités incitant à un visionnage continu. Selon la partie plaignante, ces éléments peuvent entraîner une utilisation excessive de l'application par les enfants et les adolescents.
Google et Meta invoquent toutefois l'article 230 de la loi américaine sur la décence des communications (Communications Decency Act). Depuis de nombreuses années, cette disposition protège les plateformes internet de toute responsabilité quant aux contenus publiés par les utilisateurs. Les entreprises soutiennent que cette réglementation s'applique également aux circonstances de l'espèce. Bien que le procès ne concerne qu'une seule personne, ses conséquences pourraient s'avérer bien plus graves. Des avocats traitant d'affaires similaires annoncent depuis longtemps d'autres poursuites contre les principales plateformes en ligne. La décision de Los Angeles pourrait constituer un précédent important pour les procédures futures relatives à l'impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des enfants et des adolescents. Certaines entreprises ont déjà choisi d'éviter le risque d'un procès. TikTok et Snap ont conclu des accords à l'amiable avant le début de l'audience.
Les experts soulignent que si la cour d'appel confirme le jugement, cela pourrait ouvrir la voie à une avalanche de nouvelles demandes d'indemnisation. Les comparaisons avec les procès intentés contre les fabricants de tabac dans les années 1990 sont de plus en plus fréquentes. Dans ces affaires, les poursuites individuelles avaient fini par dégénérer en procédures coûteuses impliquant des milliers de victimes. Pour Google et Meta, l'enjeu ne se limite pas au versement de dommages et intérêts dans un cas précis. Il s'agit bien plus important de définir les limites de la responsabilité des plateformes en matière de conception d'applications, de performance des algorithmes et d'impact des services numériques sur les jeunes utilisateurs. Google affirme que le dépôt d'un appel est une étape normale de la procédure et s'engage à continuer de défendre sa position. Les avocats du plaignant restent confiants quant à la confirmation du jugement.
Si cela se produit, les tribunaux américains pourraient être saisis de nouvelles actions en justice dans les années à venir concernant la conception d'applications et les mécanismes d'interaction avec les utilisateurs. L'issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble du secteur technologique, qui est confronté depuis des années à des problèmes de responsabilité.
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