La moitié des nouvelles musiques proviennent de l'IA, et les vues sont générées par des bots.
 Par Nic007
MusiqueJusqu'à récemment, la musique générée par intelligence artificielle était considérée comme une curiosité technologique, n'intéressant que les passionnés de nouvelles technologies. Aujourd'hui, la situation est radicalement différente. Le service de streaming Deezer a publié des données montrant la rapidité avec laquelle les algorithmes ont envahi le marché de la musique. D'après des rapports récents, jusqu'à 44 % des nouveaux morceaux mis en ligne chaque jour sur la plateforme sont créés par intelligence artificielle. Plus inquiétant encore, la majorité des écoutes de ces morceaux ne proviennent pas d'utilisateurs réels. Deezer affirme qu'une part importante du trafic généré par ces morceaux correspond à des tentatives automatisées d'extorsion de fonds auprès du système de streaming. L'ampleur du phénomène croît plus vite que prévu par de nombreux experts. Deezer indique qu'environ 75 000 morceaux générés par l'IA sont mis en ligne chaque jour sur sa plateforme. Il y a quelques mois encore, la part de ces contenus était bien moindre, mais le développement des outils de génération sonore a connu une accélération exponentielle. Aujourd'hui, des programmes utilisant l'intelligence artificielle générative peuvent créer une chanson complète en quelques secondes. Il suffit d'une brève description du style, de l'ambiance et des instruments, et le système crée automatiquement la mélodie, les paroles et l'arrangement. Pour beaucoup, la frontière entre la musique créée par l'homme et la composition générée par machine devient presque imperceptible.

Deezer a mené ses propres tests et a constaté que la grande majorité des auditeurs étaient incapables de distinguer quel enregistrement avait été créé par un humain et lequel par un algorithme. Le problème majeur, cependant, ne réside pas dans la simple présence de musique générée par IA. La plateforme souligne que beaucoup l'utilisent pour gagner de l'argent rapidement grâce à de fausses écoutes. Le modèle économique des services de streaming repose sur la rémunération des écoutes. Chaque écoute génère un micropaiement reversé au détenteur des droits. Concrètement, cela signifie que des morceaux produits en masse peuvent être utilisés pour gonfler artificiellement le nombre d'écoutes. Deezer a constaté qu'une part importante de ses écoutes musicales générées par l'IA provient de sources douteuses. Des comptes automatisés et des bots sont conçus pour diffuser en boucle les mêmes morceaux afin d'augmenter les revenus. La plateforme affirme avoir démonétisé environ 85 % de ces écoutes après la détection des irrégularités.

La plateforme française est l'une des rares à reconnaître ouvertement la gravité du problème. L'entreprise a développé son propre système de détection de la musique générée par intelligence artificielle, signalant ces contenus avant leur diffusion. Concrètement, cela signifie que les enregistrements identifiés comme étant générés par IA sont exclus des recommandations, des playlists éditoriales et des suggestions automatiques. De ce fait, l'auditeur lambda est encore rarement confronté à ce type de morceaux lors de son utilisation quotidienne de la plateforme. Néanmoins, le nombre considérable de nouveaux fichiers montre que les plateformes de streaming commencent à être confrontées à un tout nouveau type de spam numérique. Cette croissance rapide s'explique par la disponibilité croissante d'outils de création musicale. Des solutions comme Gemini de Google, ainsi que les systèmes Suno et Udio, permettent aux utilisateurs de créer un morceau finalisé quasiment instantanément. Jusqu'à récemment, les générateurs ne proposaient que de courts extraits. Désormais, ils peuvent créer des compositions complètes avec voix, structure des couplets et un mastering de qualité professionnelle. Cela ouvre la voie non seulement aux amateurs, mais aussi à ceux qui commencent à considérer l'IA comme un outil de production musicale à grande échelle. Le problème, c'est que même les filigranes numériques ont une efficacité limitée. Certains créateurs peuvent les supprimer, tandis que d'autres utilisent des modèles propriétaires qui ne laissent aucune trace visible.
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