L'ONU s'attaque à Pornhub. Visa, Google et Meta impliqués dans un scandale.
Par Nic007
Des experts des Nations Unies en matière de droits humains ont étendu leur enquête sur Pornhub et son propriétaire, Aylo Holdings, aux principales entreprises technologiques et sociétés de traitement des paiements. La déclaration officielle mentionne Visa, Mastercard, Google, Meta et Microsoft. Deux rapporteurs spéciaux de l'ONU exigent des poursuites pénales complètes contre Pornhub. Selon les experts, le problème ne se limite pas à la plateforme de contenu pour adultes elle-même. Ils estiment que l'ensemble de l'écosystème numérique, y compris les moteurs de recherche, les systèmes publicitaires et les processeurs de paiement, est impliqué dans la diffusion et la monétisation de contenus violents, coercitifs ou comportant un consentement non vérifié. Il s'agit de l'une des interventions publiques les plus fortes menées par l'ONU contre les plateformes internet mondiales ces dernières années. Les experts de l'ONU soulignent que leurs mesures ne visent pas à interdire totalement les contenus pour adultes. La déclaration porte sur des documents historiques et contemporains comportant des éléments d'abus sexuels, de violence ou d'absence de consentement vérifié. Selon les rapporteuses spéciales Reem Alsalem et Ana Brian Nougrères, le modèle de fonctionnement actuel des plateformes fait que la charge de la lutte contre les contenus illégaux repose principalement sur les victimes. Les experts soulignent que les victimes passent souvent des années à tenter de faire retirer leurs contenus d'Internet, à suivre leur republication et à gérer les copies qui apparaissent ensuite sur diverses plateformes. Ils estiment que ce système engendre une retraumatisation constante. L'ONU a également mis en avant d'autres plateformes permettant aux utilisateurs de publier du contenu, citant notamment Xvideos et X.com.Le rôle des systèmes de paiement fait l'objet d'une attention particulière. Visa et Mastercard sont engagés depuis longtemps dans un différend concernant la responsabilité financière liée aux contenus en ligne. En 2020, les deux entreprises ont suspendu le traitement des paiements pour Pornhub suite à une vague d'allégations concernant la présence de contenu pédopornographique et d'autres contenus illégaux. Cette décision faisait suite à une enquête médiatique américaine très médiatisée qui accusait la plateforme de tirer profit de ce contenu sans contrôle adéquat. Pornhub a alors réagi en supprimant des millions de vidéos non vérifiées et en renforçant ses règles de publication. Malgré cela, des experts de l'ONU affirment que la responsabilité ne se limite pas au site lui-même. Ils estiment que les réseaux de paiement font partie intégrante de l'infrastructure qui permet la monétisation du contenu et la génération de revenus. Le communiqué révèle que les experts étaient en contact avec les prestataires de services de paiement précédemment utilisés par Pornhub. Un nouvel élément de l'enquête est l'implication des géants de la technologie. Google, Meta et Microsoft ne sont pas accusés d'héberger du contenu illégal, mais l'ONU s'inquiète de leur rôle dans la gestion du trafic internet. Cela concerne le fonctionnement des moteurs de recherche, des algorithmes de recommandation et des outils de distribution numérique. Les experts suggèrent que les mécanismes qui augmentent la visibilité des sites web peuvent indirectement favoriser la diffusion de contenus jugés préjudiciables. Cela montre que la responsabilité des plateformes technologiques ne se limite plus à la modération des contenus. Les modèles économiques et les systèmes de promotion des contenus en ligne font également l'objet d'un examen de plus en plus minutieux.
Les experts ont également critiqué l'accord conclu avec Aylo en 2023. L'entreprise a accepté de verser des indemnités et de se soumettre à un contrôle externe, évitant ainsi des condamnations formelles à condition de remplir certaines obligations d'ici 2026. Selon l'ONU, cette solution ne garantit pas justice aux victimes et risque de perpétuer l'idée que les grandes entreprises technologiques bénéficient d'un traitement plus clément que les individus impliqués dans des crimes similaires. Des experts estiment que des poursuites pénales complètes devraient être rétablies. Les rapporteurs spéciaux n'ont pas le pouvoir de poursuivre les gouvernements ou les entreprises privées. Cependant, leurs rapports ont un poids politique considérable et sont souvent examinés de près par les organismes de réglementation, les législateurs et les multinationales. C’est pourquoi des déclarations similaires servent souvent de point de départ à des changements législatifs. L'ONU a exhorté les gouvernements des États-Unis et du Canada à instaurer une vérification obligatoire de l'âge et un système de consentement des utilisateurs sur les plateformes diffusant du contenu pour adultes. Selon les experts, la modération volontaire s'est avérée à maintes reprises incapable d'assurer une protection efficace. Le Canada a manifesté sa volonté de moderniser ses lois sur la protection des données et la responsabilité des plateformes numériques. Les États-Unis n'ont pas encore pris de position officielle. La pression réglementaire s'accentue également au Royaume-Uni. En février, Pornhub a restreint l'accès aux nouveaux utilisateurs en raison d'un conflit concernant la loi britannique sur la sécurité sur Internet. Le service a par la suite partiellement rétabli l'accès aux utilisateurs d'appareils Apple grâce au système de vérification d'âge. Cependant, ce modèle demeure controversé, notamment en raison de l'obligation de vérifier son identité au moyen de documents ou de cartes de paiement.