L'ancienne chancelière allemande s'est de nouveau exprimée sur internet et les réseaux sociaux, ravivant la polémique sur la liberté d'expression en Europe. Lors d'une intervention au Parlement européen, Angela Merkel a appelé l'Union européenne à renforcer la réglementation des contenus en ligne et du développement de l'intelligence artificielle. Rappelons que c'est le gouvernement Merkel qui a instauré l'une des lois sur la modération d'Internet les plus controversées d'Europe. Aujourd'hui, l'ancienne chancelière affirme que les institutions européennes devraient persévérer dans cette voie et ne pas craindre les conséquences de décisions erronées de la part des régulateurs. Lors de son discours à Strasbourg, Angela Merkel a évoqué la nécessité d'une responsabilisation quant aux contenus publiés. Selon l'ancienne chancelière, l'absence de responsabilité pour la diffusion de fausses informations peut nuire à la démocratie et déstabiliser le débat public. Les débats autour des « mensonges » et de la nécessité de les endiguer rapidement ont soulevé des questions quant à savoir qui devrait décider du contenu acceptable et de celui qui devrait être supprimé d'Internet. Les détracteurs de la réglementation européenne soulignent depuis longtemps que les décisions de modération sont de plus en plus souvent prises par des fonctionnaires, des organismes de réglementation et des organisations collaborant avec les plateformes de médias sociaux, plutôt que par des tribunaux indépendants.La loi allemande NetzDG est de nouveau au cœur du débat. Adoptée en 2017 sous le gouvernement Merkel, cette loi oblige les plateformes de réseaux sociaux à supprimer rapidement les contenus jugés « manifestement illégaux ». Les entreprises s'exposaient à de lourdes amendes pouvant atteindre 50 millions d'euros. Les opposants à cette loi affirment depuis des années que ce mécanisme instaure un climat de suppression préventive. Craignant de lourdes amendes, les plateformes retirent souvent des contenus avant même d'en avoir examiné minutieusement la légalité. Des internautes ont signalé des cas de blocage de contenus satiriques, de déclarations politiques et de commentaires controversés, qui se sont avérés par la suite légaux. Des critiques ont également souligné l'apparition, hors d'Europe, de solutions inspirées de NetzDG, y compris dans des pays accusés de restreindre la liberté d'expression.
La prochaine étape de la politique numérique européenne est le règlement relatif aux services numériques (DSA). Ce nouveau règlement impose aux principales plateformes internet d'analyser et d'atténuer les risques systémiques liés aux contenus publiés. Ces risques, de portée générale, englobent des enjeux tels que les débats politiques, les processus électoraux, la sécurité publique et l'impact des plateformes sur la société. Cela a conféré à la Commission européenne des pouvoirs considérables pour contrôler les activités des géants de la tech. Les entreprises reconnues coupables d'infractions s'exposent à des amendes se chiffrant en milliards d'euros. L'un des cas les plus médiatisés demeure le conflit autour de la plateforme X, qui a mis en cause l'action des autorités de régulation européennes, les accusant de violation des droits de la défense et de manque de transparence dans leurs procédures.
Les organisations de défense des droits numériques et des libertés civiles se font également de plus en plus entendre. Des dizaines d'ONG européennes avaient déjà exprimé leurs inquiétudes quant au fait que certaines dispositions de la loi sur les services numériques (DSA) pourraient restreindre la liberté d'expression et créer des mécanismes de surveillance excessive d'Internet. La principale préoccupation est que les plateformes numériques privées soient contraintes de supprimer rapidement des contenus sans examen juridique approfondi. Les experts soulignent que des décisions de modération inappropriées pourraient nuire aux utilisateurs ordinaires, aux journalistes, aux militants et aux personnalités politiques de l'opposition. Lors de son discours, Merkel a reconnu que des erreurs pouvaient se produire, mais a affirmé que l'Europe devait « tirer les leçons de ses erreurs ». Cette déclaration a cependant suscité une nouvelle vague de critiques. Les opposants à la nouvelle réglementation s'interrogent sur les responsabilités qui en découleront si des dispositions légales sont supprimées ou bloquées.
Derrière ce débat se cache une relation de plus en plus tendue entre l'Union européenne et les géants de la tech. Depuis plusieurs années, Bruxelles renforce progressivement son contrôle sur les plateformes de réseaux sociaux, la publicité en ligne et le développement de l'intelligence artificielle. Pour certains responsables politiques européens, un internet sans réglementation stricte représente une menace pour la démocratie et la sécurité. Leurs détracteurs rétorquent qu'accorder un pouvoir exorbitant à des fonctionnaires et à des algorithmes chargés de modérer le débat public pourrait s'avérer tout aussi dangereux.
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