Publié le 19/08/2026 Dans Bandes Dessinées

Après le triomphe planétaire de son album Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne revient sur le devant de la scène avec Space Montaigne. Mais attention, il ne s'agit pas d'une suite directe des aventures spatiales de notre astronaute national : c'est le making-of hilarant, caustique et ultra-sincère de la création de cette fameuse bande dessinée. L’autrice y raconte les coulisses de son immersion dans l'univers impitoyable et fascinant du spatial. On la suit dans ses pérégrinations à travers le monde — de Cologne à Houston, en passant par Moscou et le cosmodrome de Baïkonour — alors qu'elle tente de suivre au plus près un Thomas Pesquet surbooké, rigoureux et constamment sous le feu des projecteurs. Loin de l'image glamour du reportage journalistique ou artistique, Marion Montaigne se met en scène avec une immense autodérision. Elle expose ses doutes permanents, ses crises d'angoisse (« Jamais je ne vais y arriver », « C'est nul »), ses galères logistiques et son syndrome de l'imposteur au milieu d'une meute de journalistes et de techniciens. On y suit l’autrice, sa peur des voyages, ses doutes, ses allers-retours et cette drôle d’impression de devoir accompagner un astronaute quand on préférerait parfois rester bien au chaud au ras du sol.
Pas besoin d’avoir lu l’album précédent pour entrer dans ce nouveau chapitre : ici, l’enjeu n’est plus seulement Thomas Pesquet, mais surtout la manière dont elle a tenu bon pour aller au bout d’un projet aussi fou qu’exigeant. Le travail de Marion Montaigne est tout bonnement réjouissant. Le dessin de l’autrice convoque une belle énergie, qui rappelle la folie d’Edika, couplée au charme joyeusement “bric-à-bracantesque” de Gotlib. Son scénario brille par une franche ironie et montre comment on transforme la panique en or pur. Forte de son expérience passée dans la vulgarisation scientifique, l’autrice se dessine presque comme son professeur moustache de "Tu mourras moins bête", mais sans la moustache bien sûr, se plaçant ici à son tour en vulgarisatrice. Le récit forme une boucle parfaite qui s’achève comme il a commencé, avec une petite fille, un vieux cosmonaute vétérinaire et un univers immensément vaste. C’est un ouvrage à la fois drôle et touchant. Le contraste entre le sérieux, la maîtrise technique et la zénitude apparente de Thomas Pesquet d'un côté, et la personnalité hyper-stressée, gaffeuse et pleine d'autodérision de Marion Montaigne de l'autre, fonctionne à merveille. C'est un choc des cultures réjouissant entre le monde scientifique rigoureux et l'esprit BD potache. Sous les gags et le dessin toujours aussi dynamique et expressif, l'album offre une vraie réflexion sur le métier d'artiste. À travers ses interactions avec l'équipe qui entoure l'astronaute, l'autrice rappelle que la création n'est pas un acte solitaire. Le livre s'achève sur une magnifique mise en perspective du sens que chacun donne à son travail, qu'il s'agisse d'explorer l'espace ou de dessiner des petits bonhommes sur le papier.
VERDICT
Avec Space Montaigne, Marion Montaigne réussit le tour de force de se renouveler tout en reprenant les ingrédients qui ont fait son succès : un humour ravageur, une rigueur documentaire impeccable et une humanité désarmante.
Date de parution : 22 Mai 2026
Editions : Dargaud
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