Starfield
Publié le 20/04/2026 Dans PlayStation 5
L'appel de l'inconnu
Certains jeux arrivent avec des attentes si élevées qu'ils risquent de décevoir. Starfield en faisait partie. Premier univers original de Bethesda depuis plus de vingt ans, ce projet promettait une liberté totale, l'exploration interstellaire, des mystères cosmiques, des factions en guerre, des choix moraux et un sentiment d'aventure que seul ce studio, pour le meilleur et pour le pire, sait insuffler. À sa sortie sur Xbox, cependant, le rêve s'est brisé : bugs, systèmes sous-développés, temps de chargement fréquents, planètes trop vides, un système de voyage rapide qui cassait le rythme et un monde plus vaste que profond. Un titre ambitieux, certes, mais pas encore pleinement abouti. Trois ans plus tard, avec la sortie sur PlayStation 5, la situation a radicalement changé. Patch après patch, améliorations de confort de jeu, DLC narratifs conséquents, introduction du REV-8 pour les déplacements terrestres, cartes des villes enfin lisibles, système de déplacement plus fluide, équilibrage des armes optimisé et travail constant sur l'IA, l'interface et la stabilité ont transformé Starfield en ce qu'il aurait dû être dès le départ : un RPG spatial monumental, vivant et riche, capable de captiver le joueur pendant des heures sans même qu'il s'en rende compte. Aujourd'hui, on peut affirmer que Starfield est un univers abouti, une œuvre qui n'a plus besoin d'être justifiée, mais simplement vécue pleinement.

L'aventure nous transporte en 2330, dans les Systèmes Colonisés, une partie de la galaxie colonisée par l'humanité après l'abandon de la Terre. Un futur plausible, plus proche de The Expanse que de Star Wars : d'imposants vaisseaux spatiaux, une technologie fonctionnelle, des villes où se mêlent progrès et précarité, et une humanité toujours complexe, fragile et paradoxale. Notre périple commence comme mineurs, un rôle modeste qui ne dure que le temps de découvrir un mystérieux artefact capable de générer des visions cosmiques. Dès lors, nous intégrons Constellation, une sorte de guilde d'explorateurs cherchant à percer le mystère de ces artefacts et leur signification. L'histoire principale est solide, bien écrite, ponctuée de moments d'émerveillement et d'une fin qui ouvre la voie à un mode Nouvelle Partie + étonnamment méta, mêlant nos choix à la nature même de l'univers du jeu. Mais, comme toujours chez Bethesda, l'intrigue n'est qu'une parmi tant d'autres. Les factions – l'Union Coloniale, le Collectif Freestar, Ryujin Industries, la Flotte Pourpre – proposent des campagnes secondaires qui pourraient constituer des jeux à part entière : intrigues d'entreprises, westerns spatiaux, piraterie interstellaire, politique, diplomatie, sabotage et enquêtes. Chaque fil narratif possède un ton, un rythme et une identité propres. Et surtout, chaque choix a son importance. Pas toujours de façon spectaculaire, mais toujours de manière cohérente.

Un nouveau départ qui change le sens du voyage.
Parmi les nombreuses surprises que réserve Starfield, son mode Nouvelle Partie + mérite une mention spéciale, car il ne s'agit pas simplement de recommencer avec quelques améliorations. C'est une idée que Bethesda a conçue avec un soin quasi philosophique, transformant la fin de l'histoire principale en un point de départ qui nous permet de revisiter tout ce que nous avons vécu jusqu'alors. Au terme de l'aventure, le jeu nous présente un choix qui n'est pas seulement narratif, mais existentiel : accepter de recommencer, tout en conservant nos compétences acquises, sachant que le monde dans lequel nous nous retrouvons ne sera pas identique à celui que nous avons quitté. C'est un geste qui rappelle la science-fiction la plus spéculative, celle qui utilise le voyage cosmique pour explorer l'identité, la mémoire et le champ des possibles. Le mode Nouvelle Partie + de Starfield n'est pas un simple cycle répétitif , mais un voyage qui s'enrichit à chaque itération. Certains événements changent, certains personnages réagissent différemment, certaines situations prennent une nouvelle dimension, comme si le jeu lui-même était conscient que nous vivons une deuxième, une troisième, voire une quatrième version de la même histoire. Ce concept joue avec la perception du joueur, mêlant les connaissances du protagoniste à ce que nous avons, en tant qu'individus, appris lors de la première partie. Et plus on avance dans le jeu, plus cette imbrication devient évidente, presque troublante, comme si l'univers de Starfield nous observait tandis que nous le parcourons.

Le plus fascinant, c'est que le mode Nouvelle Partie + n'est pas obligatoire. On peut l'ignorer et poursuivre notre aventure dans le monde que nous avons bâti, avec nos choix, nos maisons, nos vaisseaux et nos compagnons. Mais si on choisit de l'activer, on découvre une toute autre façon de vivre Starfield, qui remet en question les notions mêmes de « fin » et de « début ». C'est un système qui récompense la curiosité, l'envie d'expérimenter et le goût de la surprise. Mais surtout, c'est une manière élégante d'appréhender l'immensité du jeu : il n'est pas nécessaire de tout découvrir en une seule partie, car l'univers est trop vaste pour être exploré en un seul voyage. Le résultat est un mode Nouvelle Partie + qui ne se contente pas d'allonger la durée de vie du jeu, mais devient partie intégrante de son message. Starfield parle d'exploration, de possibilités, de chemins qui se croisent et se rejoignent, de choix qui nous définissent. Son mode Nouvelle Partie + est l'expression la plus pure de cette philosophie : une invitation à regarder les étoiles non pas comme une ligne d'arrivée, mais comme un point de départ.

Un RPG qui n'a pas peur d'être un RPG.
Starfield n'est pas un jeu qui vous prend par la main. Il ne vous force pas, ne vous tire pas par la main et ne vous dit pas quoi faire. Le système de compétences est divisé en cinq branches : Physique, Social, Combat, Science et Technologie. Chaque atout se débloque en relevant un défi lié à sa nature. Vous voulez améliorer votre pouvoir de persuasion ? Il vous faut persuader. Vous voulez devenir un meilleur pilote ? Il vous faut voler. Vous voulez pirater des serrures sophistiquées ? Il vous faut prouver que vous en êtes capable. C'est un système qui vous encourage à vivre votre personnage, plutôt qu'à le construire. Le rythme est volontairement tranquille : Starfield n’est pas un jeu où l’on enchaîne les missions , mais une expérience qui alterne moments de calme, d’exploration et de contemplation avec des accès d’action soudains. C’est un jeu qui vous invite à vous laisser aller, et quand vous le faites, la magie opère : vous commencez une mission, puis vous découvrez un laboratoire abandonné, puis un signal de détresse, puis un temple mystérieux, puis un pirate à éliminer, puis une planète à scanner… et quand vous regardez l’heure, trois heures se sont écoulées. Voilà ce qu’est Starfield : un flux constant de possibilités, un univers qui ne cesse de vous offrir quelque chose à faire, même quand vous ne cherchez rien.

Les déplacements étaient l'un des aspects les plus critiqués au lancement. Trop de temps de chargement, trop de menus, un fossé trop grand entre l'idée de « voler dans l'espace » et la réalité de « sauter d'une icône à l'autre ». Aujourd'hui, grâce aux correctifs, le système est plus fluide, plus lisible et bien plus cohérent. Ce n'est pas un simulateur, ce n'est pas No Man's Sky , mais c'est un voyage qui fonctionne différemment. Décollage, sortie de l'atmosphère, sauts entre les systèmes, atterrissage, réponse aux appels de détresse, rencontres avec des pirates, exploitation minière d'astéroïdes, interception de vaisseaux, amarrage à des stations abandonnées : tout cela crée un rythme qui donne l'impression de voyager réellement dans l'espace. Mais surtout, le voyage rapide n'est plus une obligation. Vous pouvez l'utiliser, bien sûr. Mais vous pouvez aussi vous en passer et vivre le voyage comme une partie intégrante de l'aventure. C'est un changement subtil, mais fondamental. La sensation de distance, de mouvement et de traversée du paysage est redevenue partie intégrante de l'expérience.

Le vaisseau est considéré comme un foyer, une arme, un moyen de transport et un symbole. Starfield l'a bien compris. Son système de construction est l'un des plus complets jamais vus dans un RPG : quartiers d'habitation, laboratoires, soutes, moteurs, boucliers, armement, cabines, décoration intérieure et équipage. Vous pouvez créer un chasseur léger, un cargo lourd, un vaisseau pirate, un laboratoire volant ou un vaisseau d'exploration. Chaque modification a un impact réel : poids, autonomie, puissance de feu, maniabilité et capacité de saut du vaisseau. Le combat spatial est donc étonnamment tactique. Répartition de la puissance entre boucliers, armes et moteurs, verrouillage des cibles, neutralisation des moteurs ennemis, abordage, pillage, destruction : chaque rencontre est un petit casse-tête, un équilibre subtil entre risque et stratégie. Ce n’est pas un simple système de « tir dans l’espace », c’est un véritable jeu dans le jeu.

Entre émerveillement, calme et procédural.
Starfield propose également plus de mille planètes. Toutes ne sont pas mémorables, et ce n'est pas nécessaire. Le charme de l'exploration réside dans leur diversité : planètes toxiques, déserts glacés, lunes volcaniques, forêts extraterrestres, océans de méthane, cités cyberpunk, avant-postes abandonnés, ruines mystérieuses, faune hostile, faune paisible, tempêtes magnétiques, ciels violets et horizons impossibles. Le caractère procédural du jeu est évident, mais loin d'être stérile : chaque atterrissage génère des points d'intérêt, des rencontres, des ressources, des créatures ou des structures. Et grâce au REV-8, introduit après le lancement, se déplacer à la surface est enfin agréable, rapide et amusant. L'exploration est une expérience qui alterne silences profonds et découvertes soudaines, et sa force réside dans sa capacité à surprendre au moment où on s'y attend le moins. Starfield est l'un des rares jeux modernes à mériter pleinement l'appellation de « jeu de rôle ». Vous pouvez incarner un mercenaire, un explorateur, un diplomate, un pirate, un contrebandier, un chasseur de primes, un ingénieur, un voleur, un soldat, un chercheur, un collectionneur d'artefacts, un constructeur d'avant-postes, un pilote, un assassin, ou même un pacifiste. Et le plus intéressant, c'est que vous pouvez changer d'avis à tout moment. es compétences ne sont pas que des chiffres : ce sont de véritables façons de jouer. La persuasion ouvre des perspectives narratives, la science permet de développer de nouvelles technologies, la technologie de concevoir de nouveaux vaisseaux, le combat d'adopter de nouvelles approches et la physique de créer de nouvelles possibilités de mouvement. C'est un système qui vous permet de bâtir un personnage défini non pas par des statistiques, mais par vos choix.

Starfield ne vise pas le photoréalisme, mais plutôt la cohérence. Les villes sont magnifiques : New Atlantis, élégante et lumineuse ; Neon, une métropole cyberpunk décadente en mer ; Akila, un western spatial poussiéreux ; Cydonia, un avant-poste minier sale et délabré. Les intérieurs sont également riches en détails, les vaisseaux spatiaux arborent un design « NASApunk » crédible, et même les planètes offrent des paysages dignes de tableaux. Tout n’est pas parfait, bien sûr : certaines textures sont simples, certaines zones manquent d’inspiration, et enfin, la génération procédurale est perceptible. Mais l’ensemble fonctionne, et il fonctionne bien. La bande originale, en revanche, est l'un des aspects les plus sous-estimés de Starfield : des thèmes orchestraux qui évoquent l'émerveillement, la solitude, la découverte ou le danger. La conception sonore des armes est réussie, celle des vaisseaux est excellente, et les dialogues — plus de 250 000 lignes — créent un monde vivant et vibrant. Tout n'est pas parfait : certaines voix manquent de naturel, certains PNJ répètent des phrases et certaines interactions semblent mécaniques. Mais dans l'ensemble, l'atmosphère sonore est puissante et cohérente. Sur PlayStation 5, Starfield offre une expérience de jeu stable et fluide, avec des temps de chargement rapides et un niveau d'optimisation inimaginable à sa sortie . Les mises à jour ont amélioré l'IA des compagnons, les cartes des villes, la gestion de l'inventaire, l'interface, la stabilité générale, l'équilibrage des armes, le comportement des ennemis, la qualité des surfaces planétaires et même la gestion des déplacements. La REV-8 a révolutionné l'exploration terrestre. Les améliorations de confort de jeu ont rendu l'expérience encore plus agréable, et le DLC « Shattered Space » propose une histoire plus dense et intense. Starfield est aujourd'hui un jeu abouti, solide et mature.

Quid des DLC.
Avec l'arrivée des extensions, le système s'est enrichi et diversifié, reflétant l'atmosphère et la nature de chaque contenu additionnel. Shattered Space propose une série d'objectifs à l'image de son ambiance plus sombre et mystique : terminer les missions principales du DLC, affronter les créatures qui peuplent Va'ruun'kai, découvrir des lieux cachés, aider les communautés locales et explorer les aspects les plus obscurs de la foi et du fanatisme. Ce système s'inscrit pleinement dans l'esprit de l'extension, vous invitant à vous immerger dans son atmosphère spirituelle et troublante. Le pack Armada Terrane met l'accent sur les conflits, la construction et la stratégie. Les trophées s'obtiennent en terminant les missions principales de la campagne, en repoussant les raids, en améliorant Delta à son plein potentiel, en livrant un avant-poste à une faction et en prouvant votre valeur en tant que capitaine et commandant. Ce pack, plus technique et plus axé sur le militaire, récompense la capacité à gérer les ressources, à faire face aux menaces récurrentes et à prendre des décisions qui influencent l'équilibre des forces. Enfin, le mode Free Lanes apporte une touche de légèreté et d'imprévisibilité, avec des trophées variés : installation de modules de vaisseau spatial, collection de figurines, exécution de contrats pour l'Arbitre, résolution d'énigmes sans effusion de sang, et même des moments volontairement excentriques comme goûter un mets suspect offert par un voyageur âgé ou récupérer son inventaire dans un autre univers. Ce mode explore l'absurde, le quotidien, le côté humain et bizarre de l'univers Starfield, et enrichit encore la diversité de l'expérience. Globalement, les contenus téléchargeables enrichissent la philosophie du jeu de base. Ils constituent un prolongement naturel de l'univers , une manière de le redécouvrir sous un jour nouveau et une invitation à toujours regarder au-delà de l'horizon.

VERDICT
Starfield n'est pas un jeu pour tout le monde. Lent, vaste et contemplatif, il ne vous prend pas par la main, ne vous force pas et ne vous récompense pas immédiatement. Mais si vous appréciez son rythme, si vous vous laissez aller, si vous vous perdez, alors vous découvrirez quelque chose que peu de jeux offrent : la sensation de vivre une véritable aventure spatiale.

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